Vous avez dit Toltèque ? Episode 2 : Les venins de la colère

Vous avez dit Toltèque ? Episode 2 : Les venins de la colère

  1. Que votre parole soit impeccable
  2. Quoi qu’il vous arrive, n’en faites pas une affaire personnelle
  3. Ne faites pas de supposition
  4. Faites toujours de votre mieux

Dans l’épisode précédent :

Dans un premier article sur les « Les Quatre Accords toltèques », je vous ai parlé de cette sagesse ancestrale, et de la façon dont elle a influencé ma capacité à prendre soin de mes bambins d’une manière plus … relax.

Je vous propose donc de plonger dans le premier des quatre accords, et d’apprendre concrètement à le mettre en œuvre au moyen de trois méthodes : l’une pour gérer les crises, la deuxième pour les prévenir, la dernière pour les guérir.

L’énergie portée par les mots a une puissance incroyable

« Que votre parole soit impeccable » : cette phrase nous informe en tout premier lieu (si vous en doutiez encore) du pouvoir immense qu’à la parole.

Par parole, on entend les mots prononcés, mais aussi l’intonation, la posture, les gestes, les silences… bref ce terme englobe également toute l’information non verbale de la communication.

Peut-être pouvez-vous en faire l’expérience sur vous-même

Faites donc l’exercice maintenant, et rappelez-vous d’une phrase entendue dans votre enfance qui vous a particulièrement heurté. Ce peut-être un reproche, une critique.

Peut-être, êtes-vous même encore capable de percevoir l’émotion résiduelle de cette scène ? Quel drôle de pouvoir a cette petite phrase, pour être encore active et néfaste sur vous des dizaines d’années après.

Les venins de la colère

Les paroles les plus destructrices sont celles qui contiennent des jugements, par exemple « tu es laid.e quand tu pleures », « mais qu’il est bête celui-là » ou encore « quel maladroit.e ».

Ces phrases ont plusieurs points communs :

  • Elles jugent et déprécient fortement l’enfant qui les reçoit,
  • Elles sont catégorisantes (on colle une étiquette sur le front de l’enfant), elles généralisent un comportement

Leur nocivité est accentuée lorsqu’elles sont dites aux enfants par une personne-source (parents, éducateurs…), ou lorsqu’elles sont répétées, bien qu’une seule occurrence puisse être néfaste.

Ces paroles prennent corps et deviennent des réalités pour l’enfant qui les reçoit

L’enfant croit ces mots, et peut s’en souvenir toute sa vie. Ces phrases sont non seulement crues et intégrées (l’enfant se dit « C’est vrai que je suis tellement laid.e / bête / maladroit.e »), mais cette croyance peut être entretenue, par l’effet de « prophéties autoréalisatrices ».

Par exemple, ainsi que l’expliquent A. Faber et H. Mazlish dans leur livre « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent », un enfant convaincu d’être maladroit peut avoir tendance à agir fréquemment de façon maladroite. Il matérialise alors le jugement émis par ses parents, dans la réalité tangible. Une façon de mettre du sens sur des paroles insensées qu’il a reçues.

Les mots peuvent détruire, mais aussi guérir !

Vous l’aurez compris, les mots sont des vecteurs capables d’inoculer une énergie destructrice. Mais ils peuvent heureusement tout autant transmettre des énergies d’amour et de guérison.

Ce n’est pas pour rien que Marshal Rosenberg, le père de la Communication Non Violente (CNV), a intitulé son livre phare « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) », et qu’en psychothérapie, on soigne par la parole ses blessures du passé.

– J’ai saisi : il faut arrêter de mépriser, critiquer et insulter. Fastoche !

– Humm… Facile à dire !

Car il y a des moments où nous nous sentons excédés, hors de nous, tant nous avons l’impression que nos enfants jouent de la mandoline avec nos nerfs.

Alors que faire ?

1) Traverser la crise sans dégâts: la méthode « bouche cousue »

Cette première méthode en 5 étapes m’a été hyper utile dans mon expérience de jeune père.

Elle s’applique à la phase aigüe de la crise de nerfs, et permet d’éviter de s’emporter dans ces moments où l’on vit de très fortes colères et tensions.

L’objectif : éviter de proférer des paroles que l’on pourrait regretter, et éviter les passages à l’acte, tels que la fessée.

Étape 0.

A froid : Pour se préparer mentalement à cette méthode, rappelez-vous de ceci dès maintenant : dès lors que vous êtes au courant des effets désastreux que peuvent avoir certains mots sur le bien-être psychique de vos enfants, vous avez le pouvoir d’entendre votre petite voix intérieure qui vous prévient : « Si tu craches ce venin, tu vas le regretter, mec ! ».

C’est vrai qu’à ce moment-là, ce qui pointe son nez c’est du concentré de venin, et c’est vrai que vous regretterez par la suite toutes ces paroles blessantes à l’encontre de vos enfants (et ça marche aussi à l’encontre de votre conjointe). Alors accrochez-vous à cette voix : elle a raison et vous le savez.

Étape 1.

Le déclic initial, c’est de vous entrainer à percevoir consciemment ce moment juste avant le fameux « craché de venin », et de vous rappeler que la méthode « Bouche cousue » existe.

Simplissime, mais pas si facile ! Si vous y arrivez, bravo, vous avez fait le gros du travail !

Étape 2.

Je vous invite ensuite à garder les lèvres bien closes, et à vous connecter à cette confiance (je parlerai même de foi !) qu’une fois calmé vous verrez les choses autrement, et que vous serez hyper relax et content de vous !

En gros, il faut vous persuader qu’une autre voie est possible, que le « craché de venin » n’est pas une fatalité, et que vous avez le pouvoir d’agir autrement.

Étape 3.

Sortez au plus vite de l’endroit du conflit. Par exemple vous pouvez changer de pièce si vous êtes chez vous (chez moi je trouve que les toilettes sont l’endroit idéal pour s’extraire d’un conflit, mais libre à vous de choisir votre petit cocon !).

Étape 4.

Prenez quatre respirations lentes, en conscience. Ainsi vous allez mettre de la distance avec les évènements. Dès lors que votre colère s’apaise suffisamment pour que vous retrouviez vos esprits et votre liberté d’action, vous pouvez passer à l’étape 5.

Si ce n’est pas encore ça et qu’aucun calme intérieur n’est revenu, vous pouvez tenter l’ « Exercice du tigre ». C’est un exercice corporel puissant qui permet de se libérer rapidement de l’énergie de la colère. Je l’ai découvert auprès de Bruno Giuliani, philosophe et thérapeute, lors d’une session de formation du cursus SEVE (programme d’animation d’ateliers philo et méditation pour enfants créé par Frédéric Lenoir).

NB : Faire le tigre peut être quelque peu… déroutant pour certains. Mais testez-le en vrai, je vous garantis que l’effet est plus que bluffant !!

Le Dr Christian Tal Shaller (un médecin suisse dont je ne cautionne pas les prises de position par ailleurs) en fait ci-dessous une belle démonstration, et ça vaut mieux qu’un long discours :

Étape 5.

FELICITEZ-VOUS !!

– Quoi ? Bravo ? En plein conflit ? Alors qu’il y a encore un peu d’ébullition à l’intérieur ?

– Ben oui bravo ! Trois fois bravo même ! Vous venez d’éviter un drame (peut-être petit, peut-être gros) dans la psyché de votre Tchoupi.e ! Alors, célébrez ! Vous y êtes arrivés.

Ne lésinez pas sur cette célébration finale. Il faut justement en faire des caisses,  et voilà pourquoi (attention le biologiste en moi va refaire surface, mais je vous promets de rester soft) :

  • Se féliciter a le mérite de solliciter les circuits neurologiques de la récompense et du renforcement cognitif.
  • Percevoir et souligner le plaisir d’y être arrivé (même un peu) permet la sécrétion d’opioïdes endogènes, ce sont les neuromédiateurs cérébraux responsables de la composante affective du renforcement.
  • De plus, cette célébration permet une augmentation de votre sécrétion de dopamine, cet autre neuromédiateur qui renforce la motivation associée à la mise en œuvre de cette méthode.

Le cercle vertueux : Donc plus vous faites de tentatives (même infructueuses au début : c’est normal, tenez bon !), plus vous vous rappellerez que cette méthode est à votre disposition dans ces moments de tension extrême. Vous réaliserez alors qu’il vous est de plus en plus facile de percevoir ce moment « pré-venimeux », et puis un jour vous changerez de pièce comme si vous l’aviez fait toute votre vie.

C’est en faisant ces expériences pas à pas que vous déconditionnerez les comportements ancrés, changeant petit à petit – mais durablement – vos circuits neuronaux.

Et là, vous assisterez en douceur à la transformation d’une réactivité volcanique, en une action consciente et plus relax dans la colère, afin qu’elle ne soit plus destructrice.

2) En prévention : « libérer régulièrement la pression »

Faire avec la colère en compagnie de la méthode « bouche cousue » c’est cool, parce que c’est bien moins nocif pour l’entourage, tout le monde en conviendra.

– Heu…, mais faire sans cette colère, ça serait pas mieux, non ?

– Alors toi j’te vois venir… tu veux une méthode qui empêche la colère de sortir ; c’est ça ? Tu veux la museler, la dézinguer, l’atomiser par n’importe quel moyen, comme ça on n’en ressent plus les effets ?!

– Ouais c’est ça ! Trop cool ! Dès qu’elle pointe, on la renvoie d’où elle vient ! Trop fort : C’est ça ! J’veux ça ! J’veux trop ça !! On fait comment ??

– Petit Padawan, tu as encore un peu de route sur ton chemin !

Ben ouais, car la colère, qu’on le veuille ou non, c’est une émotion aussi précieuse que la joie, ou la satisfaction. D’abord parce qu’elle fait partie de la vie, et qu’elle nous rappelle qu’on est humain. Mais aussi parce que c’est un formidable baromètre interne, qui nous alerte dès qu’un besoin profond est malmené. J’aurais l’occasion d’y revenir dans d’autres articles.

Mais revenons-en à nos moutons.

Garder une émotion pour soi, sans un espace d’écoute (en soi ou avec une autre personne) pour l’entendre, l’accueillir et prendre la mesure de ce que ça nous fait vivre (autrement dit : recevoir de l’empathie), c’est prendre le risque que cette émotion s’inscrive dans une mémoire. D’où la fameuse maxime « Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime ».

C’est prendre aussi le risque qu’elle resurgisse à nouveau, parfois bien plus intensément par d’autres canaux que sa forme initiale : sous forme de mal-être, troubles du sommeil, anxiété, troubles psychosomatiques…

A contrario, reconnaitre et accueillir ses émotions fait partie de l’ « hygiène psychique » de base pour vivre une vie plus libre et détendue. Ce travail d’accueil des d’émotions qui nous traversent chaque jour permet de les apaiser, et avec cette détente, le bien-être revient. J’ai conscience que nous autres pères, nous ne sommes pas forcément familiers de l’accueil des émotions, traditionnellement lié au féminin, alors qu’il s’agit d’universalité humaine.

C’est un peu quand vous rentrez à la maison, le soir, après cette putain de journée pourrie au boulot (vous voyez de laquelle je parle ?), et qu’une personne chère vous accueille chaleureusement, comprend tout ce que vous avez enduré et vous propose du soutien. Tout de suite ça détend, non ?… Ben votre émotion c’est pareil. Accueillez-là et elle se détendra.

Trouver en soi ou chez l’autre (sa compagne, un ou une ami.e) un espace d’accueil de ses émotions c’est donc vachement important.

Alors pour relâcher régulièrement de la pression, voilà quelques pistes :

  • Accueillir votre colère, c’est tout d’abord en prendre conscience et percevoir ses manifestations corporelles (nuque tendue, mâchoires serrées, respiration et rythme cardiaque modifié …)
  • C’est ensuite lui faire une place, ne pas la rejeter : « OK, bienvenue colère, qu’as-tu à me dire ? De quelle situation tu veux me parler ? Qu’est-ce qui ne va pas pour que tu aies besoin de t’exprimer ?» Cette étape porte le joli nom d’ « auto-empathie », j’aurais l’occasion d’y revenir dans des articles ultérieurs.
  • Recherchez dans vos contacts une personne de confiance qui soit capable de vous écouter sans vous juger ou vous conseiller, et demandez-lui si elle serait d’accord que vous l’appeliez quand vous en avez besoin.
  • Ne laissez pas les frustrations s’empiler au cours d’une journée. Laissez échapper la pression régulièrement (recevoir de l’empathie, parler et partager vos soucis ou contrariétés) au risque de voir votre cocotte-minute exploser en fin de journée.
  • Il n’y a aucune honte à demander et recevoir de l’aide ou du soutien. Qui a dit que les pères devaient être des super-héros ? Je vous garantis qu’il est bien plus courageux d’engager ce travail sur ses émotions et sa colère, que de sauver Gotham City.

3) Vous vous êtes emporté : la méthode « de la réparation »

Quelquefois, la colère est tellement forte que vous n’avez pas les ressources pour garder votre self-control. Et le venin est craché.

Que ce soit par la parole (violence verbale), ou physique (une fessée par exemple), l’acte est posé.

Si vous vous sentez concerné par cette histoire, j’aimerais dans un premier temps vous inviter à… dédramatiser.

Oui, vous avez bien entendu ! Dédramatiser. Arrêter de culpabiliser et ruminer des regrets, car cela ne sert strictement à rien pour avancer. Il sera plus constructif de vous reconnecter à vos propres ressources, et de vous exercer à y puiser les moyens d’être un meilleur père.

Se lamenter ne vous facilitera nullement la tâche.

Et faire de son mieux ne veut pas dire faire tout bien, et du premier coup.

Mais bien sûr que dédramatiser ne veut pas dire se déresponsabiliser. Ça, tout le monde l’aura compris. Cet acte est de votre fait, vous en prenez la pleine responsabilité, mais aussi sereinement que possible. Et il est maintenant de votre ressort de tout faire pour que ça ne se reproduise pas.

Mais si vous lisez ces lignes, c’est déjà que vous faites quelque chose allant dans ce sens, n’est-ce pas ?

Si désormais le douloureux moment de craché de venin est un peu digéré, que vous pouvez revenir plus sereinement sur le comportement qui a pu blesser votre enfant, il peut être temps d’entamer un processus de réparation, directement auprès Tchoupi.e.

Il ne s’agit pas d’une demande de pardon à proprement parler, car demander pardon implique qu’on a commis une faute, quelque chose de mal. Et juger ses actes en termes de bien/mal, corrects/incorrects, juste/faux, c’est y apporter une tonne de jugements.

Vous voyez le hic ? Comment pouvez-vous arrêter de juger les autres, si en premier lieu vous n’arrêtez pas de vous juger vous-même ? C’est tout simplement impossible.

Rappelez-vous que les mots ont aussi un pouvoir de guérison.

Pour réparer, je vous propose de revenir auprès de votre enfant, et de lui expliquer très simplement et le plus sincèrement possible :

  1. que le comportement que vous avez eu envers lui ou elle n’était pas celui que vous vouliez vraiment avoir, que les paroles que vous avez dites ne sont pas celles que vous auriez voulu dire,
  2. qu’il y a des moments où il vous est très difficile de garder votre calme, et de parler avec respect,
  3. mais que vous vous exercez et que travaillez sur vous du mieux que vous le pouvez pour changer, et pour apprendre à être un meilleur père pour lui ou elle.

La première bonne nouvelle, c’est que les enfants (et même les tous bébés) sont incroyablement réceptifs à de tels messages authentiques.

L’autre bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas de date de péremption sur ce processus de réparation. N’hésitez pas à reparler d’un comportement douloureux avec votre enfant, même s’il s’agit d’une histoire ancienne !

Il n’est jamais trop tard pour réparer !

Au prochain épisode, il sera question du 2ème accord Toltèque : Quoi qu’il vous arrive, n’en faites pas une affaire personnelle.

N’hésitez pas à commenter cet article, et à le partager si vous l’avez aimé.


2 réactions au sujet de « Vous avez dit Toltèque ? Episode 2 : Les venins de la colère »

  1. Passionnant ! Merci, vraiment, pour ce blog! C’est tellement rare d’avoir le point de vue d’un père en matière d’éducation positive…
    Mais : quid du post sur le 2ème accord annoncé, et des accords suivants ? Je serai heureux de pouvoir lire la suite !

    1. Bonjour Gérôme, merci pour ce message très chaleureux, qui me remplis d’énergie 🙂 Je suis ravi que tu puisses apprécier les articles. Le blog est quelque peu en pause, après la naissance de mon 3ème enfant, mais promis je m’y remet bientôt! N’hésite pas à t’abonner à ma newsletter – si ce n’est déjà fait – pour être informé des prochains articles 🙂 Je te souhaite une excellente journée !! Philippe.

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